J’ai assisté au mariage de mon époux

Dans le cadre de la campagne Survivantes, ou pas encore : Article issu de Ayny Aynak – Yamama Assaad – 09/10/2018

 

Les forces du régime syrien n’ont pas hésité à attaquer ou à arrêter les femmes, quelles que soient les circonstances, de façon à anéantir l’opposition syrienne et les mouvements populaires. Bien que Jamila fut enceinte de quatre mois, cela n’a pas dissuadé les forces du régime de l’emmener à à leurs quartiers de sécurité.

 

Jamila attendait son nouveau né dans la campagne de Hama où elle habitait avec son mari et sa famille jusqu’au moment de son arrestation par les forces du régime. «Leurs méthodes de torture étaient plus psychologiques que physiques », se souvient-elle. « Les cris des hommes et des femmes soumis à la torture et implorant la pitié étaient les pires . Je pensais être la prochaine. Je me réveillais au milieu de la nuit en pleurant et en criant ‘Sortez moi de là ! Ne me touchez pas ! Je n’ai rien fait !’ ».

 

Jamila fut transférée de la branche Sécurité d’État à la branche Sécurité Criminelle, où elle fut laissée pieds-nus, luttant pour protéger sa vie et celle de son enfant. Sa famille a tenté de payer de grosses sommes d’argent pour qu’elle soit traduite en justice et inciter le régime à la relâcher. « J’ai été transférée au tribunal après que ma famille ait versé plus d’un million et demi de livres syriennes à la branche Sécurité de Hama. Ma famille a chargé un avocat  proche du régime de me défendre et ils ont pu obtenir ma libération ».

 

Oeuvre réalisée par Miream Salameh. Tous droits réservés.

C’était cependant le début d’un autre calvaire. Dès sa libération, Jamila s’est retrouvée à vivre craintivement dans l’ombre de la société. « À ma sortie de prison, j’ai hésité à retourner au village mais, en restant en ville, je risquais d’être à nouveau arrêtée. D’un autre côté, mon retour allait me plonger dans une odieuse confrontation avec la famille de mon mari et avec la société », explique Jamila. « Mais ma famille m’a encouragée et j’ai pris la décision de retourner après leur avoir fait promettre de me protéger et de me soustraire aux yeux de la population et des autorités locales. J’avais peur que quelqu’un ne me remette au tribunal de la charia ou à l’Armée Libre pour une raison ou une autre ».

 

Jamila sortit de détention le jour-même des noces de son mari, comme elle le confie : « Ce fut le plus grand choc de ma vie et je ne m’en suis jamais remise » dit-elle. Malgré cela, elle retourna auprès de son mari et accepta la présence de la seconde épouse, qui habite avec lui et sa famille, alors que Jamila vit seule. « Nous nous sommes mariés après être tombés amoureux, il ne me traitait pas comme il traitait sa seconde femme. Il s’est bien occupé de moi et m’a offert son aide et son assistance ».

 

La famille de son mari ne voyait cependant pas la chose du même œil. La mère refusa de reconnaître le bébé de Jamila et lui a demandé de réaliser des tests ADN. « Je n’aurais jamais pensé qu’elle puisse être capable de cela, comment a-t-elle pu demander un test pour son petit fils ? » s’exclame Jamila. « Elle a aussi dit à tout le monde qu’elle ne pouvait faire confiance ni à moi ni à mon fils, laissant entendre que j’avais été souvent violée en prison et qu’elle ne me laisserait pas retrouver son fils ou reconnaître l’enfant avant d’avoir vu le résultat du test ADN, qui s’est bien sûr avéré positif ».

 

Finalement, avec l’aide de son mari, Jamila réussit à récupérer une copie de son diplôme d’infirmière d’une des régions sous contrôle du régime et obtint un poste à la Défense Civile. « Mon mari m’a aidée à reprendre pied et m’a assuré un emploi en l’espace d’une semaine. Il m’a ensuite enseigné les médias, l’édition et la rédaction de rapport, et m’a aidée à suivre des formations pour que je puisse recommencer ma vie ».

 

L’histoire de Jamila est l’un des nombreux exemples de la profonde injustice subie par les femmes syriennes à leur sortie de prison. Grâce à sa détermination et au concours de son mari, l’expérience de Jamila est porteuse d’espoir. Cependant, rares sont les femmes à avoir eu de telles opportunités et rares sont celles qui ont pu voir la lumière au bout du tunnel de la détention.

 

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