Notre petite ONG sous le feu de la machine de propagande russe

Après le parti démocrate américain, puis l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, c’est notre petite association ASML/Syria qui se retrouve dans le collimateur des médias de masse de la propagande russe. C’est donc un grand honneur pour nous de savoir que notre modeste projet de soutien à la société civile syrienne se retrouve au même niveau d’intérêt pour les Russes que les élections américaines et françaises.

 

LES ARCANES DE DÉCISION DU KREMLIN SONT IMPÉNÉTRABLES…

 

Ce n’est en effet pas moins de deux articles avec podcasts audio et une émission de radio que « Sputnik News » nous a consacrés en l’espace d’une semaine en ce mois de juin 2017. Et cela dans le but de discréditer notre campagne de crowdfunding (voir ici). Au-delà de la disproportion comique entre les moyens de propagande déployés et notre modeste projet de formation de femmes syriennes au journalisme, Sputnik News fait de nouveau preuve de malhonnêteté intellectuelle et de graves atteintes aux principes de déontologie journalistique.

 

Après un premier article insultant, mensonger et diffamatoire (à lire ici), nous avons donc été contactés par le rédacteur en chef – Dimitri Boschmann – qui nous proposait de publier un droit de réponse. Ce que nous avons envoyé immédiatement. Mais notre réponse a dû leur sembler trop convaincante. Ils ont en effet supprimé 85% du texte (ne laissant que 93 mots sur 634), maquillé cette réponse en « interview » – alors que nous ne nous sommes jamais parlé – et ont noyé la réponse parmi un flot de nouveaux propos diffamants occupant les 85% restants de l’article. Tout ceci constitue des atteintes graves à la déontologie journalistique.

 

Cliquez ici pour lire le premier article de Sputnik sur notre projet, 19/06/17

 

Cliquez ici pour écoutez l’émission de radio sur notre projet, 19/06/17

 

Cliquez ici pour lire le second article avec notre droit de réponse tronqué, 23/06/17

 

Ci-dessous, la réponse que nous leur avions envoyé, le 21 juin 2017

 


Je vous remercie de me contacter pour répondre à l’article que vous avez écrit sur notre association et notre projet. Je vais donc répondre ici aux trois reproches principaux dont il est question dans l’article.

 

Vous écrivez : « cette présentation faite dans l’esprit des valeurs universelles est accompagnée d’une photo d’une femme intégralement voilée. Brouillé par ces contradictions, Sputnik s’est adressé… »

 

Tout d’abord, il n’y a aucune photo de femmes portant le voile intégral qui accompagne la description du projet sur Ulule. Les femmes en question portent le hijab comme l’écrasante majorité des femmes musulmanes sunnites habitant aujourd’hui en Syrie. Nous accueillons les femmes qui veulent participer à nos formations et nous n’allons pas refuser une participante en raison de sa religion ou de ses habits. Nous refusons la discrimination au nom justement des valeurs universelles.

 

Puis Madame Midani ajoute « ce projet cherche à encourager le « journalisme de guerre », or, des milieux dangereux pourraient en profiter pour véhiculer leurs idées. » puis, « Si on enlève tous les masques et qu’on gratte bien, cela revient à dire embrigader les femmes pour être journalistes, pour faire de la propagande » et «de la manipulation », estime-t-elle. »

 

Cette affirmation est assénée sans fondement ni sans aucune argumentation. Une fois la formation terminée, ces femmes vont pouvoir s’exprimer sur des sujets qui leur tiennent à cœur, et qu’elles auront-elles-même choisis. C’est un contre-sens complet de dire que c’est de la propagande puisque le projet vise à donner une voix à une catégorie de la population dont les problèmes et réalités quotidiennes ne sont que très peu pris en considération.

 

De plus, le projet ne vise absolument pas à favoriser du journalisme de guerre. Comme cela est écrit clairement dans le projet, les thèmes abordés dans le blog concerneront la vie quotidienne et la société. Le projet vise à encourager le journalisme « positif » : des récits inspirants visant à encourager les femmes à prendre plus d’initiatives et à jouer un rôle plus important dans leurs communautés. Ça ne pourrait pas être plus éloigné du « journalisme de guerre ».

 

Enfin, vous écrivez que madame Midani « attire l’attention sur le fait que la formation au journalisme en question concerne deux zones où Jabat al-Nosra et Daech sont présents — la Ghouta et Idleb — «où personne n’ose entrer». Dans ce contexte, elle craint que des personnes liées d’une manière ou d’une autre aux extrémistes puissent se trouver derrière l’initiative. »

 

Tout d’abord, c’est une erreur factuelle grave qui démontre le très peu de connaissance que madame Midani a de la situation sur le terrain. Daech n’est présent ni dans la Ghouta, ni à Idleb. Effectivement, Jabat Al-Nosra est puissant à Idleb, et c’est bien la raison de nos activités. À ASML/Syria, tous nos projets s’inscrivent dans la volonté de lutter pour la liberté de la presse et contre ceux qui veulent l’empêcher : les groupes islamistes radicaux et le régime, par le renforcement de la société civile locale.

 

Dans le nord du pays, les groupes islamistes radicaux sont certes puissants mais rencontrent une résistance très forte: militants, membres d’associations, professeurs, syndicats, conseils locaux, grandes familles etc.. Et les journalistes en sont les acteurs les plus importants car ils forment depuis 2011 la colonne vertébrale de la société civile progressiste syrienne. A Maarat Al-Numan en mars 2015, la population est descendue dans les rues pour s’opposer à Jabat al-Nosra. La pression populaire alliée à la campagne médiatique des journalistes locaux ont forcé Jabat Al-Nosra a quitté la ville. Lutter pour la démocratie, contre la dictature et pour des valeurs de paix, de modération et de tolérance est la raison d’être d’ASML/Syria. Affirmer le contraire relève soit d’une mauvaise compréhension de la situation, soit d’une volonté d’induire en erreur l’opinion publique.

 

Cordialement,

 


 

Les différents articles nous accusent tour à tour de soutenir Al-Qaeda ou bien Daesh, d’embrigader les femmes, d’être dirigés par les Frères Musulmans ou par des Chrétiens laïques, etc.Le tout sans bien sûr ne citer le moindre fait. Le « journaliste » inventant de toute pièce une réalité parallèle et mobilisant pour étayer son propos des pseudo-experts comme Patricia Lalonde, relais bien connu de propagande du régime d’Assad, ou encore Ayssar Midani, Présidente d’une obscure « Fondation Les Descendants d’Ishtar », et s’exprimant régulièrement dans les tribunes de l’ultra-droite française parmi lesquelles le Cercle des Volontaires, Égalité et Réconciliation et KontreKulture, toujours pour défendre la dictature du régime de Damas.

 

 

Un exemple frappant de leur misère intellectuelle est la conclusion du dernier article qu’ils ont publié. Au-delà de la grammaire douteuse, leur construction argumentaire est absolument lunaire :

 

« C’EST VRAIMENT INSENSÉ DE VOULOIR METTRE SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE LE DROIT DES FEMMES EN CE MOMENT OÙ JUSTEMENT TOUS LES GROUPUSCULES QUI ONT ESSAYÉ DE PRENDRE EN OTAGE LA SYRIE. ET ON NE PEUT PAS DIRE QUE LE DROIT DES FEMMES SOIT LEUR SOUCI PREMIER. »

 

Traduction : c’est vraiment insensé de s’intéresser aux droits des femmes aujourd’hui alors que leurs droits ne sont pas respectés. C’est un peu comme dire : « C’est insensé, ils veulent instaurer la paix dans un pays en guerre »…

 

Et bien désolés, mais si ! C’est bien parce que les femmes syriennes sont les premières victimes de la guerre et que leurs droits ne sont pas respectés que les défendre est aujourd’hui notre priorité. Même si cette logique semble échapper à ce média de propagande russe.

Malgré la violence des attaques, nous considérons qu’être sous le radar de la propagande russe est une marque de réussite. s’ils s’intéressent à nous, c’est que nous sommes influents. nous en sommes fiers et cela nous conforte dans l’idée que nous sommes sur la bonne voie. et nous continuerons.

 

 

Nous continuerons toujours à travailler pour la liberté d’expression, pour les faibles et pour la démocratie.

 

L’ÉQUIPE D’ASML/SYRIA

 

 

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