Rita Khalil : une jeune Syrienne formée au journalisme

« J’ai été arrêtée durant 2 ans et emprisonnée dans les geôles du régime syrien, mais je ne trouve pas les mots pour décrire ces lieux. En prison, je rêvais du dehors comme d’un monde coloré, où je pourrai guérir toutes mes peines. Pourtant, les réactions de la société à l’encontre des femmes sortant de détention sont toujours très décevantes et injustes. Malgré ça, je me considère comme chanceuse. Après ma libération, ma famille a pris soin de moi et m’a offert le soutien dont j’avais besoin, contrairement à de nombreuses autres qui ont méprisées et réjetées. A leur sortie, certaines ont été forcées par leurs familles à se marier et/ou à quitter leurs maisons, les contraignant parfois au divorce et les privant de leurs enfants.

 

Un jour, une femme qui travaillait dans une ONG locale a dit vouloir m’aider et m’a proposé un travail. Mes parents étaient ravis que je puisse avoir un travail alors que mes frères n’en trouvaient pas. C’est étonnant car l’idée même d’une femme qui travaille n’était pas quelque chose d’acceptée socialement avant mon arrestation. J’étais heureuse. J’avais le sentiment, quelque part, que l’un de mes rêves d’enfant se réalisait. Mais après deux mois à l’accompagner partout, cetet femme m’a dit que je n’étais pas capable de travailler et que mon esprit n’était pas stable à cause des deux années que j’avais passées en prison. Elle ne m’a pas rémunérée pour ces deux mois. J’ai alors réalisé qu’elle m’avait utilisée, moi et mon histoire, afin de soulever des fonds pour son organisation.

 

Ce fut un choc terrible pour moi. Je ne pouvais comprendre que l’on puisse utiliser ainsi une femme qui avait souffert au lieu de l’aider. Cette expérience devint une motivation pour continuer mes études dans l’administartion et le commerce. J’ai ainsi postulé pour un travail au sein d’une organisation aidant les femmes anciennement détenues. J’ai alors commencé à me considérer comme un être humain capable d’aider les autres.

 

Plus tard, j’ai fait la rencontre d’une femme participant à la plateforme en ligne Ayny Aynak. Elle m’a convaincue à participer à une formation au journalisme. C’était un nouveau départ. Je n’avais alors aucune expérience dans le milieu des émdias. Progressivement, j’ai commencé à me sentir plus à l’aise, à me faire confiance; particulièrement, lorsque j’ai commencé à publier mes premiers articles. J’ai adoré pouvoir faire entendre la voix de ma communauté, raconter leurs récits, et les partager avec le monde. Réaliser des reportages, de différents types et sur différents sujets m’a apporté de nouvelles connaissances. Ces nouvelles expériences ont enrichi ma vie et m’ont permis de prendre davantage conscience des problèmes que connaissaient ma société.

 

J’ai commencé à travailler sur des histoires simples, des reportages sur l’artisanat traditionnel, la nourriture, des petits projets, etc… Puis, j’ai souhaité travailler plus en profondeur, sur des sujets touchant la vie des gens et les difficultés que l’on rencontre tous els jours: le manque d’éducation, la détérioration des conditions de vie et le difficile accès aux services de base. Une de mes principales préoccupations était également de raconter les histoires d’autres femmes qui comme moi ont survécu aux prisons du régime et la manière dont la société les déconsidère et les traite. J’ai appris avec Ayny Aynak comment observer les changements dans la vie des gens, ainsi que dans ma propre vie. J’ai également appris à identifier les sujets à raconter et la manière de les aborder, comme lorsque tout est redevenu presque trop normal après l’accord de cessez-le-feu (NDLR: Accord de cessez-le-feu à Idleb entre Hayat Tahrir al-Sham et le Front de Libération Nationale en janvier 2019) et que suite aux bombardements par le régime et son allié russe, la peur s’est de nouveau emparée de la population (NDLR: les bombardements se sont intensifiés depuis début février).

 

Je vais continuer à travailler pour améliorer et décupler mes expériences et connaissances. Je vais continuer à travailler sur des sujets liés à l’humanitaire, documentant les violations commises à l’encontre des femmes et des jeunes filles, le travail forcé des enfants pour subvenir aux besoins de leurs familles. J’espère que je pourrai trouver ma voie dans le journalisme, aider les gens, montrer ma solidarité et élever les consciences à propose des civils qui souffrent des répercussions de la guerre depuis maintenant plusieurs années. Je considère mon travail comme un véritable nouveau départ dans ma vie. Je suis devenue active et capable d’aider les gens. Dans le passé, j’avais pour habitude de me sentir gênée de demander de l’argent à mes parents et je n’étais pas en mesure d’avoir beaucoup de choses. Désormais, je suis indépendante et capable de subvenir à mes propres besoins, de même qu’aider ma famille.

 

ASML/Syria m’a aidée et de nombreuses autres femems comme moi. J’espère qu’ils pourront ainsi aider plein d’autres femmes, car beaucoup n’ont pas l’opportunité de se construire elles-mêmes dans cette société. C’est pourquoi je me considère comme chanceuse d’avoir été acceptée dans ce programme et d’avoir été une apprentie journaliste pour Ayny Aynak pendant plus de 6 mois, jusqu’à devenir désormais membre de l’équipe. Je veux remercier mes formateurs qui m’ont aidée à réussir ce que j’avais entrepris, à reconstruire ma vie et à être celle que je suis maintenant. »

 

Rita Khalil a commencé une formation de 6 mois au journalisme à Idleb le 5 mai 2018, dans le cadre de notre programme Autonomisation des femmes. Elle continue depuis à publier de nombreux contenus médias sur notre plateforme Ayny Aynak. Retrouvez l’ensemble de ses productions à travers ce lien: https://womenofsyria.com/author/rita-khalil/.

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