Sourya, une étincelle dans l’obscurité

Par Armand Hurault, Directeur exécutif d’ASML/Syria

 

Sourya est plus qu’un objet d’art, c’est une étincelle: celle du regard des civils syriens qui ont décidé de s’armer de leurs appareils photos, caméras et stylos. Cet album-photo événement réunit 27 reporters qui documentent et archivent la vie de leur quartier en dépit des dangers. Leurs étincelles ouvrent une fenêtre unique sur la Syrie : elles apportent de la couleur, là où seul le noir et blanc parvient généralement à traverser les frontières des médias traditionnels.  

 

La voix de la société civile

L’année 2017 marque le sixième anniversaire de la révolution syrienne en même temps que son enlisement dans un état de guerre généralisé et diffus, dont le niveau de complexité décourage bien souvent l’observateur extérieur.

Le conflit a également vu la realpolitik prendre le pas sur les considérations éthiques et tourner le dos aux droits de l’homme et aux aspirations démocratiques de la population. Le monopole de la parole revient désormais aux politiques et aux idéologues qui, via des médias de masse, véhiculent par leurs mots un imaginaire parfois déconnecté de la réalité vécue au quotidien par les Syriens.

En 2017, plus que jamais, il est donc primordial de rendre cette parole aux Syriens eux-mêmes. Sourya réhabilite ce vécu par l’image, avec un ouvrage unique en son genre, réalisé en collaboration avec l’agence de presse citoyenne SMART News. À travers l’objectif itinérant de la caméra, les 27 photographes de l’album-photo portent un regard humain sur le conflit. Ils documentent la brutalité de la guerre, avec leur regard unique. Ils donnent à voir la destruction mais aussi, surtout, l’incroyable sens pratique dont les hommes, les femmes et les enfants font preuve pour rester debout, jour après jour.

 

Un objet d’art… et de lutte contre l’oubli

Derrière chaque scène, chaque instant de vie que les photographes nous donnent à voir, s’exprime en silence le courage et le sens du sacrifice dont la nouvelle génération de journalistes syriens indépendants fait preuve. Depuis le début de la révolution en 2011, plus de 600 d’entre eux ont été tués dans l’exercice de leur métier: par le régime, des avions russes et des groupes armés extrémistes.  En 2010, RSF plaçait la Syrie à la 173e place sur 178 dans leur classement annuel de la liberté de la presse. L’organisation État Islamique punit de mort la pratique du journalisme et les groupes rebelles font pression pour limiter leur indépendance.

Depuis 2011, les réseaux d’activistes des débuts ont évolué et ont donné naissance à des journaux, des stations de radio et de télévision gérées par des journalistes accomplis. Ces derniers continuent leur travail et constituent l’épine dorsale de la société civile syrienne. Ils jouent un rôle crucial pour le futur du pays : ils informent les citoyens, dénoncent les violations des droits de l’homme et combattent les différentes propagandes. À l’avant-garde de la lutte contre l’extrémisme religieux, ils promeuvent des valeurs démocratiques et de tolérance et préparent la réconciliation future.

 

Tous les revenus engendrés par la vente de Sourya seront consacrés au soutien de la liberté de la presse en Syrie : à fournir de l’équipement aux médias locaux, organiser des formations professionnalisantes ou à soutenir la production d’œuvres journalistiques indépendantes.

 

L’album-photo Sourya a été présenté le 9 décembre dernier au 61, le QG des reporters de guerre à Paris. Retour sur cet évènement avec les témoignages du journaliste et réalisateur syrien Salah al-Ashkar et du photo-reporter à Alep Zakaria Abdelkafi.

 

 

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