Soutien aux journalistes indépendants en Syrie

 

Etre journaliste indépendant en Syrie.

Être journaliste indépendant en Syrie est un métier des plus dangereux. Au plus proche des zones de conflits, ils risquent leur vie en permanence pour documenter les événements. Ils sont également les premières cibles du régime et des groupes extrémistes armés, contre lesquels ils défendent la liberté d’expression et portent les voix des civils (lire l’article du Courrier). La région d’Idleb, au nord-est de la Syrie, proche de la frontière turque, est une des dernières où l’opposition maintient sa présence sur le territoire syrien. A mesure de la reconquête par le régime de nombreuses zones de l’opposition, nombreux sont les journalistes et activistes média à s’être réfugiés dans cette région du pays. Passée sous le contrôle du groupe extrémiste Hayat Tahrir al-Sham en janvier et bombardée depuis le mois d’avril par le régime syrien et son allié russe, la région d’Idleb est devenue un enfer à ciel ouvert pour les 3 millions de civils qui y résident actuellement. Alors que la communauté internationale semble inapte à agir pour mettre fin à ce carnage, soutenir les journalistes présents et risquant leur vie tous les jours pour documenter les terribles événements qui s’y produisent est essentiel. En s’associant à Arte, nous avons pu mettre en lumière le travail de trois citoyens journalistes syriens témoignant de la situation de la vie dans la région d’Idleb, à travers trois reportages.

 

Le rôle de l’Assistance aux journalistes en danger.

L’assistance aux journalistes en danger est un programme qui a pour but de venir en aide aux journalistes syriens blessés. Le programme permet de délivrer les soins médicaux nécessaires aux journalistes, ainsi qu’un soutien financier afin de les aider durant leur période de convalescence (la plupart ayant dû cesser de travailler et ayant leur famille à charge). Les journalistes bénéficiaires du programme se voient également proposer des formations professionnelles afin de les aider dans leur réinsertion professionnelle, que cela soit dans le milieu du journalisme ou non.

 

L’Assistance en quelques chiffres

Depuis le lancement du programme fin 2018, nous avons été en contact avec près de 80 journalistes et médias activistes syriens indépendants qui ont été blessés. Jusqu’à présent, 30 journalistes ont pu bénéficier de notre aide, et ainsi d’opérations, de médicaments, de séances de physiothérapie, ou encore de prothèses. Parmi eux, 60% avaient dû cesser leur activité professionnelle en raison de leurs blessures et connaissent donc, en plus de conditions de santé précaires, une situation financière très instable. Une grande partie de nos bénéficiaires – soit les ⅔ – se trouvent au nord-ouest de la Syrie, dans les régions d’Idleb et d’Alep ; tandis que les autres ont trouvé refuge en Turquie. Afin de renforcer notre action, nous nous coordonnons avec d’autres organisations internationales partenaires, telles que SCM (Syrian Center for Media and Freedom of Expression) et l’UOSSM (Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux).

 

Au-delà de l’aide médicale

L’aide apportée aux journalistes ne s’arrête pas au soin des blessures. Nous les accompagnons dans leur réinsertion professionnelle, leur permettant de suivre des formations et leur faisant bénéficier de notre réseau de professionnels des médias. Ainsi, 20 journalistes ont pu bénéficier durant 7 semaines – du 13 octobre au 30 novembre 2019 – d’une formation intensive au montage et à l’édition de contenus vidéo.

 

En outre, une étude de recherche est menée en parallèle concernant les formations en sécurité, le matériel de protection et le soutien en cas de blessures apportés par les organisations médiatiques nationales et internationales à leurs journalistes syriens. Car, si notre aide est actuellement tant nécessaire, c’est qu’un manque de moyens et de soutien est à noter en amont. Sur le long terme, nous souhaitons contribuer au développement d’un cadre de travail plus sûr pour les journalistes indépendants et encourager les nombreux aspirants journalistes.

 

Ce programme n’aurait pu voir le jour sans le soutien financier apporté notamment lors du crowdfounding “Journalistes en danger” en janvier dernier, auquel ont participé des citoyens de tous horizons, faisant preuve de solidarité envers les journalistes indépendants syriens et leur message de résistance.

 

 

Illustrations : Manon Photopoulos

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